Mara II

Publié le par Zugus

Sarin était mort dans un conflit futile entre mon père et son voisin. Ce voisin, n’ayant aucun héritier du sexe fort se résigna à marier sa fille. On disait d’elle qu’il n’existait plus belle femme sur terre. Mon père avait déjà atteint l’âge où les femmes ne l’amusaient plus, mais où les terres restaient un centre d’intérêt très fort. Il m’envoya dans son armée, tel un sous-fifre, ravager les terres de ce nobliau comme il était d’usage de le faire. A l’époque, il était difficile d’attaquer un territoire par surprise. L’armée, du moins les hommes d’en face étaient peu nombreux, bien que leur préparation au combat ne fasse aucun doute.

 Le combat fut bref, mais intense. Chaque combat que nous effectuions se faisait en surnombre, et la bataille, gagnée d’avance me désintéressait déjà. Je flânais alors, à l’abri de tout combattant, voyant nos adversaires se faire décimer plus vite qu’il ne leur fallait de temps pour compter leurs morts. C’est alors que je vis le seigneur s’enfuir. Il était accompagné d’un chevalier et d’une personne enveloppée dans une longue cape à capuche. J’étais alors jeune et insouciant et courais dans leur direction, m’imposant. Le chevalier et l’homme à la capuche m’avaient devancé, mais j’arrivais à temps pour asséner un rapide coup à une jambe du cheval qui supportait ce bon seigneur, entraînant celui-ci dans la chute de sa monture. Le cheval lui écrasait la jambe tandis qu’il hurlait sous l’effet de la douleur. Ses deux comparses s’arrêtèrent. Le chevalier en armure vint à ma rencontre, les yeux brillants d’excitation sous son heaume. Et je reconnus Roland. Celui-ci sauta littéralement à bas de son cheval. Son armure ne parut aucunement le gêner. Il utilisait une longue épée, massive, de type claymore. Moi, je n’avais qu’une épée simple, de facture quelconque.

 Mon ennemi se rua sur moi, et, comme lors de notre dernier affrontement, je sentais en lui une certaine fureur. Je préparais mon épée, prêt à affronter cette créature insensée qui cherchait à m’anéantir. Ses coups étaient rapides et puissants. La seule solution qui s’offrait à moi était de me défendre avec tout l’acharnement que je pouvais offrir dans ce duel qui me semblait clairement être le dernier contre cet adversaire. Et la première image qui me vint fut celle de ma défaite. D’un coup de pied, il me fit reculer de quelques pas, et je perdis l’équilibre. Alors que je roulais à terre pour essayer de m’écarter afin de me relever, une voix de femme me cria de faire attention. La voix me semblait douce, assez jeune. Malheureusement, elle ne me fit pas vraiment l’effet escompté. Je reçus directement au visage le coup porté par mon adversaire qui profitait de ma surprise. La blessure saignait abondamment et m’obscurcissait la vue, la balafre me traversant la base du nez, juste entre les deux yeux.

La rage qui m’habita à ce moment là devint l’égale de celle de mon adversaire. Je ne sentais plus rien, aucune douleur, aucun poids, ni celui de mon corps, ni celui de mon épée. Les seules choses qui m’affectaient étaient la vision flou de mon adversaire et le son lointain de cette douce voix qui m’encourageait et s’inquiétait visiblement pour moi. Je me laissais dominer malgré tout. Chaque coup que me portait mon adversaire me blessait un peu plus. Et cette voix qui résonnait dans ma tête, encore, me troublait. Je tombais, pensant mourir ici de mes blessures. Mon adversaire lança mon épée assez loin pour que je ne puisse la récupérer pour parer son prochain coup. Puis, l’odeur de mon sang se mélangea à celle de l’herbe fraiche sous mon visage. Quelques gouttes me coulaient sur les lèvres. Le temps semblait s’arrêter autour de cette goutte qui glissait lentement dans ma bouche. Je m’évanouis. Je mourrais.

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